Erwan

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Klô Pelgag @ La Belle-Electrique

            Mais que s'est il passé en cette soirée du 3 Juin à la Belle Electrique de Grenoble ? Avec la venue de la Québecoise Klô Pelgag on pouvait s'attendre à tout. La jeune prodige de la Belle Province, en pleine tournée française pour son 2° album « L'étoile thoracique », est connue pour son univers barré et sa personnalité fantasque et l'on n'en attendait pas moins ce soir.

            Avec une petite cinquantaine de spectateurs dans une salle qui peut en contenir 900 on se demande déjà en arrivant si il va bien y avoir un concert, on vérifie la date, l'heure, on est surpris tout en se demandant comment c'est possible... Définitivement ce sera la soirée la plus intimiste auquel j'aurai assisté dans cette salle, partagé entre le sentiment du privilégié qui se voit offrir un spectacle privé dans des conditions optimums et  la presque gêne pour l'artiste qui va se produire devant une salle quasi-vide. Klô Pelgag rentre elle à 20h30 pétante sur scène, son costume rouge donnant le ton de son univers musical : coloré, ample jusqu'à l'extrême, peu enclin à suivre les codes tout en cachant habilement ce que l'on ne veut pas montrer tout de suite.

            L'audace de la jeune québecoise ne se limite pas à sa tenue de scène ce qui n'est pas la moindre de ses qualités : des paroles habitées, des images fortes, des mots qui s'enroulent à toute vitesse autour d' arpèges de piano virevoltants, des arrangements amples et inspirés au service de thèmes pas toujours aussi simples que ce que l'on imagine de prime abord. Il faut en avoir du culot pour parler de soi aussi pleinement sous une apparence souple et légère en ne cherchant pas à minimiser la profondeur des sentiments mais en les sublimant. Il faut surtout avoir un talent immense pour délivrer avec autant de facilité une performance de cette qualité. Le travail de la voix en solo ou en harmonie est maîtrisé de bout en bout, le trio de cordes amène une profondeur et une emphase qui fait mouche en live alors que la section rythmique amène cette pulsation que l'on n'attendait pas forcément dans un style aussi orchestré. La beauté de Klô Pelgag et de ses musiciens est d'imposer des arrangements complexes au bon moment pour se permettre de viser l'épure à d'autres. C'est d'un bon goût très sûr et la qualité des compositions et de l'orchestration prend ici tout son sens. On sent toute une culture classique mise au service d'une artiste qui ne l'est pas, elle, classique. Elle fait des blagues à ses compagnons de route, se lance dans des récits autobiographiques aux digressions perpétuelles, s'amuse de la faible audience s'attendant au départ à jouer dans un bar ou passe en planche à roulette pendant un titre. Son corps bouge sans cesse mimant les accentuations, s'étonnant d'un accord de piano, domptant le pied de micro ou jouant de la guitare en faisant des pointes. C'est une boule de sentiments contradictoires qui s'épanche avec l'extravagance des grands timides pendant 1h30 ce qui ne laisse pas de surprendre. Alors que le maigre public tente tant bien que mal de réchauffer l'atmosphère en redoublant d'enthousiasme, la jeune chanteuse semble faire comme si la salle était pleine et donne en retour beaucoup. Le rappel semble presque incongru tant les applaudissements et cris d'encouragement se perdent dans les moindre recoins de cette salle vide et c'est dans une ambiance mitigée et étrange que le concert se finit.

Et l'on se demande encore pourquoi seulement 50 personnes ce soir à Grenoble, pourquoi seulement  une poignée de spectateurs pour un spectacle aussi plein et singulier ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi... ? Ce qui est sûr c'est qu'il y avait au moins une poignée de personnes heureuses ce soir en sortant de la Belle Electrique et qu'au prochain passage de Klo Pelgag par chez nous elles répondront encore présente emmenant avec elles d'autres spectateurs pour avoir enfin une audience digne de ce nom pour cette artiste à suivre.

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Blues Pills@Epicerie Moderne

Blues Pills, Blues Pills, Blues Pills, Blues Pills. Bon sang bientôt 2 ans déjà  que ce nom ne cesse d’apparaitre régulièrement sur les réseaux sociaux, dans des discussions avec des personnes de confiance ou sur des affiches de concerts à venir. Bientôt 2 ans que la rumeur enfle,  accompagnée de son lot de légendes et autres chimères propres au monde du rock’n roll: la chanteuse n’est pas capable de gérer sa voix et annule prestations sur prestations comme une diva, le groupe n’est qu’une habile récupération du revival 70’s qui touche la scène depuis quelques temps à coup de liquettes en velours et autres breloques ésotériques de foire ou les musiciens portent tous des perruques pour coller au genre (ha non pardon autant pour moi je croyais que l’on parlait de Steel panther…). En résumé et pour être clair : tout pour l’image et la hype rien dans le ventre. Les aprioris sont tenaces retardant pour ma part d’autant plus les premières écoutes de leurs  2 premières galettes voire même la simple idée d’aller voir ce que ça donne sur scène. Dans un contexte pareil on comprend que c’est avec une certaine réserve voir même un retard certain que je m’étais finalement décidé à me rendre jusqu’à Feyzin un lundi soir pour me faire mon propre avis histoire de ne plus être uniquement tributaire de cette satanée rumeur persistante et rarement de bon conseil. Et autant le dire tout de suite c’était une putain de bonne idée de s’être bougé les fesses ce soir là. 

Dire que la chanteuse de Blues Pills est au centre de l’attention serait en dessous de la réalité tant le terme front woman semble ici parfaitement lui convenir. La scène lui est aux 2/3 dédiée et pour les autres musiciens ce sera derrière s’il vous plait tout le monde se pousse. En même temps vu l’ouverture de la scène de l’Epicerie Moderne on n’en est pas encore à se battre au coude à coude sur le plateau mais pour le coup on sait qui sera sur les photos ce soir. D’ailleurs on ne se trompe pas trop, dès le début du set Elin Larsson est omni présente : sa combinaison tellement vintage, sa blondeur tellement Krispolls, ses petits pas de danse tellement pocahantesque, son sourire tellement … Bon ok on a compris ça change du poil, de la sueur et du classique combo treillis tee shirt noir et pour le coup ça fait du bien (pour les fans de Max Cavalera essayez vous allez rentrer dans une dimension parallèle…). Mais plus que son allure c’est par sa voix et son attitude sur scène que la demoiselle conquiert les coeurs. Son chant est un vrai régal : soul, énergique, maîtrisée et sans faux pas pendant une heure et demie rien que pour ça le groupe est déjà une tête au dessus des autres. La demoiselle est de plus à l’aise sur scène, au contact du public, habitée par sa musique et en osmose avec ses partenaires de jeu qui de leur côté restent discrets mais efficaces en commençant par la section rythmique. Bien efficace et carrée avec un batteur qui donne une vraie assise à l'ensemble et un bassiste qui, derrière un rideau de cheveux à la Geezer Butler, est groovy à souhait amenant une rondeur bienvenue au jeu sec de son acolyte. C'est précis et racé, certains diront que ça manque de folie, mais avec une telle base difficile de ne pas se laisser porter d'autant que le son est particulièrement bon. Assez vite on se rend compte également que l'autre star du groupe est le petit frenchie de la bande derrière sa sg et son air de communiant. Assurant le plus gros de la guitare pendant que son comparse fait surtout de l'habillage, Dorian Soriaux est un peu l'ovni de ce groupe. Recruté à 16 ans dans sa Bretagne natale, le jeunot impressionne par son jeu et son professionalisme. Rien qui dépasse, pas de pirouettes guitaristiques m'as tu vu ou d'esbrouffe à la petite semaine dans le jeu de scène, juste de la guitare et un vrai talent musical. Discret jusqu'à l'effacement, l'impact qu'il a sur le groupe l'air de rien est un contre-point original au rayonnement de la chanteuse.

La set list joue habilement entre les tubes du groupe issu de leurs 2 albums et des moments plus bruts ou le côté blues et prog prend le dessus (« Ain't no change » « Little boy preacher »). Quelques petites respirations comme ce « I felt  a change » au piano électrique donne l'occasion d'entendre les racines soul 70's du groupe dont le dernier album laissait présager l'influence . La reprise du « Somebody to Love » de Jefferson Air Plane met en avant la capacité du groupe à imprimer sa patte personnelle sur un titre ultra connu. Au delà de la voix de sa chanteuse, le combo montre  qu'il assoit sa musique sur des références solides avec lesquelles il sait jouer pour faire du Blues Pills avant toute chose.

Après une bonne heure et demie le concert s'achève et c'est un public pleinement satisfait qui quitte l'Epicerie Moderne. La rumeur avait dit vrai, la hype n’était pas juste une traitresse aux yeux de biche, internet n'avait pas juste monté en épingle une pauvre chose inconsistante... Blues Pills a été à la hauteur de sa réputation et de quelle façon ! Alleluia à nouveau à la musique qui se joue en live, celle qui se ressent au fond du ventre, celle qui fait appel à tous les sens, celle qui bien longtemps après que les amplis aient été rangé et que le groupe soit parti laisse encore des images persistante sur nos rétines et un léger bourdonnement à nos oreilles consentantes.  

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Piers Faccini@La Source

Rendez vous était pris en ce jeudi 16 mars à la Source de Fontaine pour un concert folk ouvert sur le monde, la diversité culturelle et l’éclectisme musical avec  Faik et Piers Faccini. La salle a mis un peu de temps à se remplir mais  au final c’est devant un public venu en nombre que les 2 artistes rentrent sur scène pour entamer un voyage qui va nous entraîner vers les rivages méditerranéens de la Turquie, de la Sicile et du Maghreb…

Faik tout d’abord est presque un habitué de la salle de Fontaine ayant déjà œuvré précédemment pour la soirée d’ouverture de la saison culturelle du susdit lieu. Après une expérience rock-pop bien plus électrique avec son précédent groupe fake oddity, l’artiste d’origine turco-kosovar présente ce soir son  projet en duo avec une violoncelliste pour des compositions dépouillées piochant dans la tradition de la folk américaine mais également dans quelques réminiscences orientales qu’il sait distiller avec parcimonie. L’alliance avec  le violoncelle permet une richesse mélodique un peu plus soutenue, la voix de Faik est chaude et se permet quelques envolées. Le garçon sait également alterner les ambiances et les thèmes pour passer de romances convenues et bien troussées à des titres plus personnels parlant de l’exil ou de la recherche identitaire. Avec peu le duo a fait beaucoup embarquant avec lui le public par sa simplicité, sa franchise et son énergie positive communicative.

Piers Faccini est un routard, il tourne sans cesse, toujours dans des formules originales, des lieux inattendus, proposant à chaque fois plus une expérience inattendue qu’un simple concert. Après être passé par une performance en pleine Chartreuse dans une chapelle isolée, un récital envoutant et habité dans la grande salle de la MC2 avec Vincent Segal, l’italo-britannique revient cette fois-ci presque dans un format plus conventionnel avec un groupe et des instruments électriques. C’était sans compter sur son dernier album « I dreamed an island » où il choisit de revisiter la culture méditerranéenne au sens large par le prisme du creuset multi culturel qu’était la Sicile au XIII°s . En trio avec ses 2 musiciens Simone Prattico à la batterie et Malik Ziad au guembri et à la mandole, il réalise le tour de force d’interpréter des compositions originales ou chants traditionnels du sud de l’Italie ou du Maghreb comme si l’ensemble ne formait qu’un tout uniforme et personnel. Les thèmes renvoient à des considérations séculaires mais toujours autant d’actualité : la rencontre entre les cultures qui dressent parfois des murs infranchissables entre les hommes que ceux-ci n'ont de cesse d'essayer de les abattre (« Bring down the wall ») ; le souvenir d’une ancêtre sicilienne qui va au marché acheter quelques fruits (« Judith ») ou encore d'une ancienne sérénade à chanter sous le balcon de sa bien aimée lors d'une chaude nuit étoilée. La voix pure et douce du chanteur passe avec aisance d’une langue à une autre (anglais, français, italien, berbère, sicilien) tout en ajoutant par touches quelques inflections arabo-andalouses sans tomber pour autant dans la caricature ou le cliché.  La scénographie astucieuse transforme des lampes posées à terre ou suspendues en moucharabie scintillants et évocateurs ajoutant encore une touche de poésie sensible et discrète.

Piers Faccini reste un artiste unique en concert.  Ses influences, sa volonté farouche de ne pas se répéter, de toujours proposer quelque chose de nouveau pour lui et le public mais surtout son talent, sa formidable sensibilité et sa vision si personnelle, font de chacune de ses apparitions des moments uniques  et rares à ne jamais manquer ! Ce fut le cas ce soir à Fontaine, ce sera à nouveau le cas lors de sa prochaine venue qu'il ne faudra à nouveau pas rater sous peine de passer à côté d'un moment unique.

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The Dirty Deep

Dirty Deep ou le groupe que la France ne mérite presque pas. Notre beau pays connu pour son amour de la musique rock (si vous entendez un grincement désagréable, don't worry c'est juste ma mâchoire qui se crispe par réflexe) est pétri de groupes dont le grand public n'entendra presque jamais parler qui ont pourtant tout compris. Pas forcément à la meilleure façon de faire de l'argent et de vivre de son art mais comment vivre pour celui ci sans concessions et sans regrets, animés simplement d'un instinct de comment et pourquoi il faut faire les choses... à la force du poignet.

Dirty Deep existe depuis quelques 5 années, d'abord comme un one man band de blues rugueux puis depuis quelques temps en duo guitare batterie blues garage toujours aussi raw, bosseur,  stakhanoviste de la route et du booking sauvage.

Entre 2 concerts « sérieux » (c'est à dire avec un cachet qui leur permet de vivre), les Strasbourgeois se sont arrêtés à Grenoble pour 2 jours, contraints et forcés, mais avec l'idée de poser quelques jalons dans nos montagnes au détour de concerts improvisés avec des bouts de ficelle.

Premier arrêt, le bar de la Nat' plus connu pour ses soirées foot que pour ses concerts mais à cheval donné on ne regarde pas les chicots de trop près et quand le patron est accueillant pas besoin d'une ouverture de scène de 10 m... Installés à même le sol dans un coin du bar, 2 micros, autant d'amplis et une batterie dont on sent qu'elle va vite devenir trop grosse pour l'espace confiné du lieu.  Dès les premières notes d'hamonica, le premier grincement de slide d'un vieux goulot de bouteille sur les cordes on sent que l'espace et le temps vont se distendre pour au moins une heure. La voix est au diapason, rauque, habitée avec juste ce qu'il faut d'accent pour s'y croire. Les premiers titres défilent et quelques signes ne trompent pas... Des sourires convenus entre spectateurs, des pieds qui ne peuvent s'empêcher de s'animer seuls et l'impression que l'on a toujours connu cette musique, cette voix, cette connivence entre les 2 musiciens. Car si le guitare/voix/harmonica sent le foin de grange et la poussière de chemin, la batterie est elle dure comme le bitume et solide comme une Ford tout juste sortie d'usine. Le gus derrière son kit connait son affaire, sait comment faire groover une rythmique et faire rebondir les parties de son acolyte. C'est puissant et fin, musical au possible et diablement efficace. Les tubes se succèdent, il y a peu de temps il faut finir tôt et si le duo se permet quelques égarements c'est surtout l'efficacité qui prime, la baffe directe et sans feintes. On sent les influences du blues du delta dans la simplicité des parties, l'utilisation des accordages ouverts pour tisser quelques plans à faire tourner encore et encore. La modernité n'est pas oubliée dans la recherche de l'accroche immédiate, la volonté d'emballer un titre, de le laisser galoper librement quitte à oublier un peu le delta pour se laisser porter par la musique de ces 20 dernières années. Le mix est efficace et authentique, pas de posture ou de mystification, le groupe sait d'où il vient et où il va. L'arrivée inopinée de la maréchaussée nous prive de la fin du set mais de toutes façons la messe était dites depuis ces fameuses premières notes d'harmonica, ce premier grincement de slide d'un vieux goulot de bouteille sur des cordes...

Deuxième arrêt qui découle directement de la soirée de la veille, le skate park de la Bifurk le lendemain soir. Un plan conclu au dessus d'un verre de bière autour d'une table de bar en s'échangeant 2 numéros de téléphone et la promesse qu'on allait tout faire pour que cela se fasse.

Le deal est simple : session libre dans le bowl contre set débridé de raw blues sur une plate forme au dessus du coping. Les meilleures idées sont les plus simples et des deux côtés le marché est assez vite conclu autour d'un ollie en santiag... Le rythme lent et régulier du boogie blues de Dirty Deep se cale sur les va et vient incessants des riders au fond du bowl tandis que les coups de trucks servent d'encouragements. Le set s'étire pendant plus de deux heures, improvisations, nouveaux morceaux, échange d'instruments, tout y passe. Les 2 acolytes sont dans leur élément et la soirée se finit comme elle avait commencé autour de quelques tricks de skate et d'une bière.

Il est plus d'une heure du matin, le temps de tout ranger dans le camion et le groupe est prêt pour repartir sur une route qui les mène à St Etienne le lendemain ou encore en République Tchèque par la suite. L'esprit reste le même : poser  12 mesures d'un vieux blues au coin d'une rue, dans un vieux bar ou une salle de concert un peu plus prestigieuse. Ici ou à l'ombre d'une vieille église baptiste à Rosedale Mississipi, maintenant ou il y a presque un siècle le refrain est toujours le même :

 

« I went down to the crossroads

fell down on my knees

I went down to the crossroads

fell down on my knees.... »

 

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The Amsterdam Red-Light District@l'Ampérage

Fut un temps où Grenoble avait sa place sur la carte hardcore, post hardcore de la scène française. Je vous parle ici d'un temps que les moins de vingt ans bla bla bla... Une époque peut être plus simple et directe, où avoir un myspace pour son groupe était déjà un signe de sérieux sans parler du fait de sortir un cd qui ressemble à quelque chose et qui ne soit pas juste écouté par votre grand mère... Si la mention de Elevate Newton's Theory, Feverish, Insight et autres Strikeback (qui deviendront ensuite Stillrise) ne provoquent aucune réaction nostalgique ne partez pas, le mode vieux con passe bientôt en off...  Les temps ont changé pour sûr, n'importe qui enregistre en qualité studio n'importe quoi, votre pote avec son boîtier réflex peut vous sortir un clip en 3 clics de souris bien ajustés et la moindre petite grenouille se gonfle d'air pour se faire plus grosse qu'elle n'est en espérant ne pas exploser en chemin. Difficile alors de faire le tri et nombreuses sont les déconvenues quand vient la sentence du live. Pour ce soir c'est avec confiance que l'on se rend à l'Ampérage, la retombée style bad trip n'est pas prévue au programme tant les petits gars de MFCK prod restent une valeur sûre en terme d'orga de concerts à la distribution taillée à la machette.

 

La mise en bouche assurée par Oligarchy et Gliesers passée, on taille direct dans le gras avec les lyonnais de The Amsterdam Red Light District qui, malgré une activité conséquente sur les scènes nationales et européennes, n'étaient jamais venus en voisins pour chauffer les planches grenobloises. Le style fait dans le punk hardcore calibré avec comme ligne de conduite l'énergie au service de l'efficacité. Le groupe est solide sur scène, mène son affaire avec sérieux sans se prendre trop la tête, les heures de pratique en live se font ressentir à grands coups de pieds sautés et autres sollicitations du public qui rentre dans le jeu.  Les TARLD de 2015 c'est une problématique à la Fight Club : se faire rincer la gueule bien propre oui, sauf que la distribution de mandale doit être assurée par Brat Pitt et Jared Leto, le difficile  équilibre entre rugosité et emballage propret.  Les voix gueulées des premiers temps sont de plus en plus minoritaires face à un chant plus posé et donc plus accessible, les structures des morceaux sont plus radio edit et l'on sent que le groupe cherche l'accroche à chaque refrain ou riff.  Au final c'est parfois un peu poli et sage mais les Lyonnais ont choisi l'entertainment plutôt que la révolution et jouent à fond leur carte. Le public en redemande et se déchaîne sur « I'm not insane », un bel exemple justement d'équilibre entre refrain catchy et énergie débridée. On peut reprocher un certain nombre de choses à The Amsterdam Red Light District mais certainement pas leur implication totale dans leur groupe et dans leurs prestations ainsi qu'une certaine franchise sur la marchandise même si celle ci peut ne pas être au goût de tous.

Les parisiens de Merge qui prennent la suite ne sont pas sur la même problématique sans pour autant avoir la vie plus facile. Dans la pléthore de groupes post hard-core et autres dérivés plus ou moins screamo, rester original sans se fourvoyer soi-même relève du tour de force. Les codes du genre sont archi balisés et nul doute que les Parisiens les connaissent sur le bout des doigts au vu de leur performance de ce soir. Parties down tempo lourdes et brumeuses, riffs plus tranchants dans le gras du spectre, le tout parsemé d'une voix aussi à l'aise dans le clair que dans le saturé sreamo, le groupe est bon de partout et impose un son massif et carré qui ne laisse pas beaucoup de choses au hasard. Si on rajoute à tout ça un bon look, le jeu de scène ad hoc et on a un tableau assez précis d'une certaine scène métal actuelle. Là où le groupe réussit son pari c'est en évitant justement de surjouer le style ce qui avouons le est parfois plus difficile que d'enfiler un putain de jean slim taillé pour des ados anorexiques nourris aux 5 fruits et légumes par jour... L'attitude du front man y est pour beaucoup,  là où certains en feraient des tonnes en mode dépressif de caniveau et artiste torturé à la petite semaine, lui semble juste habité et complètement tourné vers l'instant. Pas de phrases toutes faites ou de postures trop artificielles, une certaine forme de fraîcheur pas facile à trouver. Si la salle n'est pas comble le groupe lui joue comme devant une arena pleine à craquer, ne compte pas à la dépense et emporte la mise ce soir là.

La ligne de crête est parfois mince entre les 2 précipices que peuvent être la facilité et le fouvoiement hype d'autant que lorsque l'on a mis le pied d'un côté ou de l'autre c'est rarement de plein gré et sans comprendre tout de suite que l'on est déjà en train de tomber. Si The Amsterdam Red Light District et Merge n'empruntent pas forcément les mêmes chemins, leurs parcours font face aux mêmes aléas. Le live ne trompe pas et ce soir ces 2 groupes ont prouvé qu'une seule chose compte en musique : l'honnêteté face à soi même et face aux gens qui vous écoutent. En espérant juste qu'ils arrivent en haut de la montagne avant d'avoir fait le faux pas de trop..

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Black Zombie Procession

Black Zombie Procession est un groupe référencé et dont chaque note, chaque image, renvoie à quelque chose. Mais si certains jouent avec ces codes gentiment genre clin d'oeil de connivence amical et tape dans le dos, les BZP seraient plutôt du genre à maltraiter, triturer et passer dans une moulinette à grosses dents tout ce qui peut être à proximité de leurs cerveaux saturés d'hémoglobine au jus d'airelle et de culture bis à 2 francs six sous. Nasty Samy en élève assidu du bon Dr Frankenstein agence depuis maintenant presque 10 ans sa créature qui tend de plus en plus vers les penchants extrêmes de son créateur. Horror-core, Thrash à l'ancienne, Metal 90's, on peut essayer de coller toutes les étiquettes possibles sur le dos de la bête, celles-ci ont toujours tendance à se décoller pour ne laisser apparaître que la chair à vif, purulente et fourmillante d'asticots. Avec ce 3eme album, « Volume III : the Joys of Being Black at Heart», Black Zombie Procession a ouvert la chasse aux goules, ils ont fourbie leurs armes à l'acide et leur appétit semble encore insatiable!

Le concert de ce soir ne fait pas mentir la réputation du groupe. Après une première partie  assurée par Nothing to Prove, efficace, direct mais manquant d'un peu de mordant dans le chant et l'attitude avec le public, Black Zombie Procession enchaîne sans mise en scène putassière, à  peine une légère BOF martiale que n'aurait pas renié un T 800 en goguette. 

La mise en chauffe est rapide, pas le temps de prendre ses marques, les gars sont là pour tirer à vue. Le groupe développe un son de bulldozer, carré et massif, avançant sans répit dans le but évident de curer jusqu'à l'os le cerveau du spectateur consentant et légèrement masochiste. Les influences sont nombreuses et les citer pour se faire mousser n'avance à rien dans le cas de BZP tant, plus que le style pratiqué, c'est l'impression laissée par le groupe qui compte. Avec un jeu sec et sans fioritures, Fre derrière sa batterie impose une dynamique dévastatrice dès les premiers instants. Des vagues de folie semblent passer par intermittence dans ses yeux, aspirant la hargne de ses acolytes pour la restituer sans répits sur ses futs. Solide et précise comme ce devrait toujours être le cas dans un groupe un tant soit peu métal, la section rythmique pose les fondations du manoir des horreurs qu'est la musique de BZP.

Le coin étant déjà bien enfoncé dans les conduits auditifs de la cinquantaine de personnes présentes,  Nasty Samy se fait un malin plaisir de parachever le travail à grands coups de butoir de sa six cordes. Le gars est concentré, tendu et démontre la précision de ses rythmiques tout comme les aspects plus mélodiques de son jeu, venant contrebalancer le défilé quasi militaire de grosses parties thrash à l'ancienne. ElieBats s'impose au centre de ce barnum de fureur, droit comme la justice (« la loi c'est lui !»), communiquant avec le public par le poing et la voix sans en faire trop mais de façon solide et authentique. Sa voix épaisse parachève l'impression de violence et d'inconfort que le groupe insinue sur scène et sur disque.

Le set s'achève comme il avait commencé, sans préalables ou faux rappel, pas d'artifice juste la lumière qui se rallume brute tandis que le groupe sort après quelques mots. Le public quitte la cave petit à petit au son de Glenn Danzig et autres Ice T pendant que les gars remballent le matériel sans tarder tout en échangeant quelques mots avec des spectateurs attardés les teeshirts encore suants, les muscles toujours tendus, le verbe sec. Pas de chichis on vous dit...

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